les globes

Les globes terrestres : miroir des connaissances à travers les siècles

Temps de lecture : 9 minutes

Depuis l’Antiquité, les globes terrestres et célestes attirent la curiosité des savants, amateurs et artistes. Bien plus qu’une sphère aux lignes parfaites, ces objets témoignent des ambitions scientifiques, des interprétations du monde et parfois même des croyances religieuses d’une époque. Considérés tantôt comme outils d’étude, symboles d’autorité ou instruments de médiation culturelle, ils n’ont jamais cessé de fasciner. Lorsque l’on explore les collections privées ou publiques, il arrive régulièrement de croiser ces globes d’exception à côté d’autres objets du patrimoine, comme les lampadaires anciens, que l’on peut découvrir à travers l’histoire et l’évolution des lampadaires. Chacun de ces artefacts rappelle que l’objet fonctionnel peut devenir porteur de valeurs et d’histoire. Plonger dans la destinée des globes, c’est avant tout raconter la grande chronique des connaissances collectives, de l’audace cartographique et du geste artistique qui les accompagne.

Le mystère des globes, révélateurs des mentalités

S’il fallait trouver un fil conducteur dans l’apparition et la propagation des globes, ce serait probablement la capacité de ces objets à refléter (voire à défier) la conception que l’on se fait du monde ou du ciel à chaque époque. Ces sphères ne sont donc pas figées : elles ont évolué au rythme des conceptions scientifiques, des doctrines religieuses et des influences artistiques. Il n’est pas rare de voir des représentations contradictoires sur de vieux globes célestes du XVIIIe siècle, où coexistent erreurs de mesure et tentatives innovantes pour dessiner ce que l’on croyait être l’ensemble de l’univers.

En effet, les globes souffrent parfois de ce paradoxe : offrir une image fausse ou obsolète, tout en poursuivant une quête de justesse scientifique. Si les constellations sont magnifiquement stylisées, les tracés terrestres souffrent, quant à eux, des manques de l’époque – on observe régulièrement des continents mal situés ou des terres imaginaires, témoins de l’incertitude géographique et des récits de navigateurs.

Un voyage à travers les siècles

Les origines antiques

Dès l’Antiquité, plusieurs témoignages évoquent des modèles sphériques de la Terre. Les Grecs, en particulier, postulent assez tôt que notre planète possède une forme arrondie. Malgré cela, la cartographie reste souvent plate par commodité – une tradition que l’on retrouve jusque dans de nombreux manuscrits médiévaux. Pourtant, la création de premiers globes en bronze ou en bois montre un souci de mieux saisir la totalité du monde connu. Certains pensent même que ces objets possédaient une vocation pédagogique, aidant à comprendre les phénomènes cosmologiques ou à mémoriser certaines connaissances de navigation.

L’évolution vers des globes présentent de multiples difficultés. Par exemple, il n’était pas rare qu’une fabrication soit interrompue du fait du coût des matériaux, ou de l’absence de données fiables sur certaines contrées. Sur le terrain, de nombreux artisans et cartographes se sont cassé les dents sur le défi technique de la sphère parfaite, notamment lors du montage des fuseaux en papier sur un support courbe.

Le Moyen Âge : entre croyances, traditions et représentations

Au fil des siècles médiévaux, la notion de sphéricité de la Terre s’impose peu à peu dans l’élite savante, même si bon nombre d’ouvrages conservent l’hypothèse d’une Terre plate. Les globes de l’époque témoignent d’un va-et-vient permanent entre héritage scientifique gréco-romain et lectures symboliques de la création. Dans les monastères, la production de globes reste modeste et combine avec habileté références bibliques, astrologie et géographie empirique.

Certains modèles parviennent jusqu’à nos jours, en médiocre état cependant, mais ils permettent d’observer comment chaque détail visuel – mers inconnues, monstres marins, zones vierges – sert souvent à dissimuler une lacune ou à mettre en valeur la part d’inexpliqué. Il arrive même que des continents fictifs apparaissent, fruit de légendes ou de spéculations.

La Renaissance : l’apogée des globes

Les globes de Coronelli et leur impact en France

La Renaissance redonne à l’objet une aura d’innovation et de technique. L’arrivée de Vincenzo Coronelli, artisan vénitien, dans le cercle de Louis XIV constitue un véritable tournant. Chargé de confectionner pour le Roi-Soleil deux sphères gigantesques, Coronelli démontre la capacité de cet outil à fusionner la précision de la cartographie et la spectacularité recherchée dans la cour. Chaque globe mesure près de quatre mètres de diamètre : un défi technique autant qu’un symbole de puissance politique et scientifique.

En associant artistes peintres, sculpteurs et mathématiciens, Coronelli innove non seulement dans la réalisation, mais également dans la conception d’objets permettant l’observation simultanée de territoires terrestres et célestes. Cette synergie inspire rapidement d’autres commanditaires et artisans de prestige dans toute l’Europe, qui voient dans ces sphères un outil universel, capable d’illustrer tant la géopolitique que l’astronomie d’avant-garde.

Fabrication : un geste minutieux et collaboratif

Au XVIIe siècle, la création d’un globe exige la mobilisation d’un véritable réseau de compétences. Les artisans partent d’un noyau, le plus souvent en bois (parfois en métal), sur lequel ils disposent d’étroites bandes de papier (les fuseaux), minutieusement peintes à la main. L’étape suivante consiste à appliquer une couche de vernis ou de laque pour protéger les tracés et sublimer la couleur.

L’intégration des détails se fait à la plume, avec parfois des interventions ponctuelles d’enlumineurs habitués à l’art du parchemin. Certains cartographes (par exemple Jean-Baptiste Nolin ou Guillaume Delisle) se spécialisent alors dans la correction régulière des tracés pour intégrer les dernières découvertes, au gré des retours d’expédition. C’est ce patient ajustement qui rend chaque globe unique, doté de son histoire propre et souvent daté d’après le détail d’une région ou l’intitulé d’un fleuve, reflet du savoir accumulé.

Comparatif des principaux types de globes et usages
Type de globe Usage dominant Matériaux fréquents Période d’apogée
Globe terrestre Etude géographie, navigation Bois, papier, laque, métal XVIe-XIXe siècles
Globe céleste Didactique astronomie Bois, papier, peinture XVIIe-XVIIIe siècles
Globe en cristal Démonstration, collection, luxe Cristal, verre soufflé Début XXe siècle
Globe industriel Enseignement, objet décoratif Papier mâché, plastique, métal XXe siècle à aujourd’hui

Globe terrestre et globe céleste : des rôles bien distincts

Le globe terrestre représente la surface de la Terre, ses mers et ses reliefs, alors que le globe céleste illustre le ciel étoilé et les constellations. Ces deux objets se complètent souvent : le premier est tout indiqué pour l’apprentissage de la géographie, la planification de la navigation ou la découverte des continents, alors que le second accompagne la découverte du mouvement des astres et l’étude des mythologies célestes. Il n’est pas rare, dans les établissements scolaires des XVIIe et XVIIIe siècles, de rencontrer les deux versions sur le même pupitre ; l’élève passant de la Terre à l’Univers en tournant simplement une sphère.

À l’inverse, quelques universités privilégient la grande carte murale, jugée moins coûteuse ou plus adaptée à une pédagogie collective. Cependant, le globe, malgré ce désavantage, conserve un fort pouvoir didactique car il rend concrète l’abstraction du relief ou du ciel. Ce constat s’est retrouvé à travers différents témoignages d’enseignants ; plusieurs relèvent l’attachement des élèves à ces objets, certains allant jusqu’à personnifier leur globe ou à lui donner un nom.

Matériaux rares, savoir-faire et démocratisation des globes

Les globes en cristal

Rares et très recherchés, les globes en cristal apparaissent surtout au début du XXe siècle. Leur principale caractéristique réside dans leur transparence et leur brillance, résultat d’un savoir-faire complexe impliquant la taille du cristal puis le dessin manuel de continents ou de constellations. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, ces globes ne sont pas réservés aux palais princiers : certains ateliers familiaux, tels que ceux de Baccarat ou de Saint-Louis, proposent ponctuellement des éditions limitées à destination de collectionneurs ou de mécènes.

La fragilité du cristal a parfois limité la diffusion de ces œuvres, de même que leur prix élevé. Néanmoins, posséder un de ces modèles équivaut à s’approprier un témoin de l’histoire des techniques verrières françaises. Cette expertise est régulièrement saluée lors de ventes aux enchères, où le globe en cristal fait figure de pièce centrale.

L’ère industrielle et la diffusion des globes

Avec la révolution industrielle, une nouvelle phase s’enclenche : la fabrication de globes devient nettement plus abordable grâce à des matériaux modernes, comme le papier mâché ou le plastique. Cela permet une grande accessibilité au grand public, notamment dans le secteur éducatif. Les éditeurs français se spécialisent rapidement dans la production de globes scolaires, parfois personnalisés pour des académies régionales.

De nombreux collectionneurs constatent toutefois que la créativité artisanale de jadis laisse place à une production en série, où la dimension unique de chaque globe tend à s’effacer. Ce phénomène pose encore aujourd’hui la question de la valeur patrimoniale et du respect des savoir-faire traditionnels, alors même que l’objet globe perdure dans les écoles et les maisons en France.

Les globes dans la culture, l’art et la science

Des objets inspirants, dans les œuvres et la vie quotidienne

Du cabinet de curiosités au décor de film, les globes jalonnent la culture européenne. On se rappelle notamment la scène mémorable du film « Le Dictateur », où Charlie Chaplin jongle avec un globe terrestre dans une métaphore cinglante de la soif de domination. En littérature, de nombreux récits, de Jules Verne à Umberto Eco, mettent en scène ces sphères, tantôt symboles de rêve lointain, tantôt incitations poétiques au voyage.

Certains collectionneurs ou designers revisitent aujourd’hui le globe en tant qu’objet d’art, le déclinant dans des matériaux inattendus ou en le miniaturisant jusqu’à l’extrême. Il n’est d’ailleurs pas rare d’en croiser, détournés, dans des contextes insolites : luminaires, horloges ou boîtes à musique. Cette capacité à se réinventer témoigne d’une popularité persistante.

Musées, expositions et transmission du patrimoine

Plusieurs musées français, dont le Louvre et la Bibliothèque nationale de France, abritent des collections de globes historiques. Les modèles de Coronelli ou ceux conçus pour des princes européens y sont exposés dans des galeries dédiées à la science ou à la pédagogie des siècles passés. Ces expositions permettent de saisir la portée culturelle de l’objet : il attire autant les amateurs d’art que les curieux de sciences ou d’histoire.

Certains établissements vont plus loin en proposant des ateliers de restauration, alliant sciences de la conservation et histoire des techniques. Sur le terrain, l’expérience a prouvé qu’un simple atelier de manipulation d’un globe antique peut provoquer un réel engouement enfantin ou adulte, révélant la force de l’objet à transmettre l’émerveillement scientifique.

Les globes aujourd’hui : actualité, usages et perspectives

L’irruption des cartes numériques aurait pu faire disparaître les globes traditionnels. Pourtant, ils connaissent un regain d’intérêt, surtout dans l’enseignement – la dimension tactile, la possibilité de situer immédiatement deux lieux sur une sphère continuent de séduire professeurs et élèves. Par ailleurs, la tendance à l’objet rétro ou au mobilier vintage alimente cette nouvelle popularité, qu’il s’agisse de modèles industriels ou bien d’antiquités chinées en brocante.

Cas pratique : un globe retrouvé et restauré

Sur le terrain, des institutions découvrent parfois des globes oubliés dans des réserves ou des greniers. À titre d’exemple, un musée régional du centre de la France a exhumé récemment un globe du XVIIIe siècle, en très mauvais état. Grâce à un patient travail de restauration impliquant cartographes, restauratrices papier et historiens, l’objet a pu retrouver ses couleurs et sa place dans une salle d’exposition.

Le public, lors de la réouverture, a réservé un accueil enthousiaste à ce témoin silencieux d’un autre temps. Une enseignante venue avec sa classe a même confié : « Les élèves se sont émerveillés devant les détails du globe, et certains m’ont demandé si la représentation de l’Afrique était vraie. Cela a lancé un atelier très riche sur l’évolution des connaissances et la manière dont la science progresse par essais et erreurs. » Ce type d’expérience conforte dans l’idée que les globes gardent toute leur pertinence dans la médiation scientifique.

Témoignage : la passion d’Antoine, restaurateur

Antoine, restaurateur du patrimoine depuis quinze ans, partage : « Dans le cadre d’une mission pour une collection privée, j’ai eu à restaurer un globe céleste très abîmé. Le plus difficile reste souvent la réintégration d’un cartouche manquant ou la reconstitution fidèle des constellations autrefois effacées. Chaque globe raconte en réalité une histoire très personnelle – j’ai été frappé, lors de cette intervention, par les annotations au crayon laissées par un ancien propriétaire du XIXe siècle. Ça crée un lien, on ne se contente pas de restaurer un objet : on redonne vie à une mémoire. »

Quelques clés pour choisir et placer un globe chez soi

L’intégration d’un globe dans un espace de vie ou de travail doit prendre en compte différents facteurs. D’une part, la taille et l’emplacement disponible influent sur le choix du modèle : les petits globes conviennent aux bureaux ou étagères, alors que des pièces plus grandes s’accordent mieux à une bibliothèque. D’autre part, le matériau demeure central : le bois apporte un côté classique et chaleureux, le cristal correspond à un intérieur résolument raffiné, tandis que le papier mâché sied à une décoration plus contemporaine.

Pour les collectionneurs débutants, il est recommandé de se concentrer sur l’état général du globe : usure des fuseaux, stabilité du support, lisibilité des tracés. Les restaurateurs conseillent également d’éviter toute exposition directe au soleil et de manipuler soigneusement les objets anciens, particulièrement sensibles aux changements de température et d’hygrométrie.

FAQ

  • Qu’est-ce qui distingue vraiment un globe terrestre d’un globe céleste ? Un globe terrestre montre les continents et océans, alors que le céleste représente les étoiles et constellations telles que perçues depuis la Terre.
  • Quels sont les artisans les plus marquants de l’histoire des globes ? Vincenzo Coronelli, Jean-Baptiste Nolin, Guillaume Delisle figurent parmi les plus cités pour la précision et la beauté de leurs réalisations.
  • En quoi consiste la fabrication d’un globe en cristal ? Elle combine taille ou soufflage du cristal avec la représentation minutieuse, peinte ou gravée, des cartes ou constellations. Ce travail artisanal nécessite rigueur et patience.
  • Quel impact historique ont eu les globes sur la cartographie ? Les globes ont permis une approche tridimensionnelle de la représentation du monde et du ciel, favorisant la diffusion de la géographie et de l’astronomie à une ère où les cartes étaient souvent inexactes.
  • Où voir de grands globes historiques en France ? Au musée du Louvre, à la Bibliothèque nationale de France ou parfois lors d’expositions temporaires consacrées à l’histoire des sciences.

Ce panorama des globes à travers les âges montre que ces objets n’ont jamais perdu leur faculté à émerveiller et à instruire. Qu’il s’agisse de pièces magistrales du passé ou de globes scolaires contemporains, chaque sphère reste à la fois le témoin d’un horizon scientifique et d’un patrimoine partagé. Pour le professionnel du patrimoine, intégrer un globe dans une démarche de transmission culturelle reste un choix pertinent, tant il suscite la curiosité et offre un support tangible à la pédagogie. Enfin, la confrontation des usages passés et présents du globe pose une question stimulante : jusqu’où ira-t-on dans la relecture de ces objets-phares à l’ère numérique ?

Sources :

  • gallica.bnf.fr
  • britannica.com